Si les laboratoires inventent de moins en moins de nouveaux médicaments, ils inventent en revanche, à tour de bras, avec l’aide d’éminents spécialistes de la santé qu’ils subventionnent, de nouvelles maladies pour pouvoir écouler d’anciennes molécules. Si nous nous laissons faire, tout bien portant sera bientôt simplement un malade qui s’ignore.

Depuis une décennie, les laboratoires pharmaceutiques ont dépensé plus d’argent dans le marketing et la promotion de leurs produits auprès des médecins et du public que dans la recherche. Car ils ont compris que ce type d’investissement était le plus rentable. Faute de découvrir de nouvelles molécules, ils ont mis au point toute une série de techniques pour augmenter artificiellement le nombre des malades en leur faisant croire qu’ils sont tous, à un niveau ou à un autre, atteints de graves pathologies.

Les études : du show biz

Si l’on croise l’ensemble des études scientifiques publiées, l’homo sapiens serait le sujet possible de 30 000 épidémies, syndromes, troubles et pathologies, une exception dans le monde du vivant. Si toutes les statistiques épidémiologiques étaient recoupées, chaque individu devrait souffrir d’une vingtaine de maladies.
Des professeurs de médecine ou grands spécialistes sont grassement « indemnisés » pour en faire la démonstration. Chacune de leurs interventions dans un colloque médical ou auprès des médias est d’ailleurs également largement subventionnée.

La maladie la plus profitable : la vie

Aujourd’hui, tout est sujet au diagnostic et donc au traitement. Le simple vieillissement est une pathologie grave qu’il faut combattre. Sous la pression des labos, chacun admet aujourd’hui que la ménopause, l’andropause qui occasionnent de simples troubles, doivent être absolument accompagnés médicalement. Dans le domaine des maladies psychiques, c’est l’explosion. Si vous êtes d’un naturel optimiste, c’est que selon des études scientifiques, vous souffrez d’un « trouble généralisé de la gaieté », ce syndrome de la joie se manifeste par « de l’insouciance ou la perte des réalités ». Si vous refusez tout type de médecine, c’est que vous souffrez d’une psychose dite « phobie du médecin et du sang ». Si vous êtes d’un naturel timide, c’est que vous souffrez en fait d’une « phobie sociale », qui se traite bien avec des anti-dépresseurs. Le nombre global de pathologies psychiatriques officiellement reconnu est passé, depuis la seconde guerre mondiale, de 26 à 395 !

Abaisser les seuils, ça fait plus de malades

Autre technique efficace : abaisser les seuils, les taux, les normes… En rétrécissant les mailles du filet, on attrape plus de poissons !
C’est ce qui a été fait avec le cholestérol dans les années 90. Le taux de cholestérol acceptable passant de 260 milligrammes à 200 milligrammes par décilitre. Pour les tranches d’âges des plus de 50 ans : ce sont ainsi 84 % des hommes et 93 % des femmes qui ont aujourd’hui un taux pathologique de cholestérol.
D’autres changements arbitraires de seuils ont depuis été opérés dans les domaines de la pression artérielle, des carences alimentaires ou vitaminiques….

Multiplier les analyses, c’est mathématique

Les laboratoires ont aussi constaté qu’il suffit de multiplier le nombre d’analyses pour dénicher un malade. Si à chaque test, 5 % de la population est dite « à risque », chaque nouvelle analyse permet d’augmenter la part des « malades » : après 20 mesures différentes, il ne reste plus que 36 % de personnes qui peuvent prétendre être en parfaite santé. Au bout de cent analyses, seulement 1 %…

Faire du dépistage, une bonne promo

Si le patient ne va pas assez chez le médecin, il faut alors que ce soit la médecine qui aille à lui. Depuis peu, les laboratoires investissent donc dans des « camions de dépistage » du diabète, de l’ostéoporose, de la santé dentaire… des trains de la santé qui parcourent la France et s’arrêtent dans les villes pour proposer gratuitement des tests et dépistages en tous genres. Le but affiché est la prévention des populations, le but dissimulé est de pouvoir débusquer des malades qui s’ignorent et d’augmenter ainsi la clientèle.

Chaque laboratoire « sponsor » distille alors de « l’information santé » (en fait de l’information commerciale) auprès des particuliers. Cette manipulation aboutit à augmenter la pression sur les médecins prescripteurs qui, en plus de subir celle de l’armée des visiteurs médicaux, doivent également faire face à celle des patients qui réclament le médicament dont on leur a vanté les merveilles pour lutter contre la maladie qui vient de leur être trouvée.
Ainsi, grâce aux laboratoires, aujourd’hui, la moitié de la population est sous médicaments et l’autre, angoissée, s’interroge : « Et si jamais j’étais malade ? ».

  • À lire : « Les inventeurs de maladie », Jörg Blech. Éd. Actes Sud, 281p., 20 €