L’agriculture bio française dans la nasse
Qui sont les as de l’agriculture bio dans le monde ? L’Australie, la Chine et l’Argentine. Et en Europe ? L’Italie, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni. Et la France alors? Elle qui est si fière de son statut de « grenier de l’Europe », où est-elle ? Elle a simplement laissé passer sa chance. Elle perd des places chaque année et se classe, selon les derniers chiffres disponibles, en 12e position parmi les pays producteurs…
Ce rendez-vous manqué a plusieurs causes. La première, souvent évoquée, est le faible engagement des pouvoirs publics français en faveur de la bio. Le dispositif complexe des aides à la conversion n’a cessé d’être modifié au fil des ans et demeure, au final, peu efficace (en gros l’État verse 5 500 euros chaque année et pendant cinq ans aux agriculteurs bio). En comparaison, les Italiens font preuve de plus d’audace, ce qui les amène aujourd’hui à la première place européenne.
Mais il ne faut pas exonérer pour autant la filière agricole de toute responsabilité. Lourdement endettés, accros aux produits phytosanitaires et aveuglés par les sacro-saints rendements, les agriculteurs n’ont pas voulu, ou pu, prendre le risque de se convertir et ils paient aujourd’hui l’addition. Il faut ajouter que, mis à part quelques « éveillés », ils ne comprennent rien au concept « bio ». Pour eux, l’agriculture bio, c’est le lait, les œufs, le poulet, la viande ou le blé ; un contresens évident pour qui connaît l’impact de ce type d’aliments sur la santé. Si l’agriculture bio nous échappe, c’est parce que nous n’en avons pas compris le sens.
Et, malheureusement, le retard que nous avons déjà pris ne sera jamais rattrapé.

16 décembre 2007 at 17:26
À force de voter comme des fous à droite et de se ramasser des ministres de l’agriculture issus de la FNSEA, comment s’étonner de ce retard. Pratiquer l’agriculture bio en 1970 c’était être un dangereux gauchiste, voire terroriste, à l’égard des agriculteurs “de rendement”… Eh oui, l’agriculture bio n’avait, soi-disant, que des rendements minables (beau mensonge !). Faut dire que 40 ans plus tard, ce sont les abeilles qui vont avoir un rendement minable vu qu’il n’y en aura plus.
Et quand, en 2007, un quidam s’avise d’écrire un livre où il est question de purin d’ortie, on se retrouve avec les mêmes énergumènes hurlant pour défendre leurs traitements chimiques et faire interdire l’auteur. Donc pas étonnant que l’on soit les derniers en bio. Itou pour les énergies douces, car il ne fallait pas faire ombrage au nucléaire made in EDF qui disposait d’un budget “comm” illimité. Là encore, les beaux derniers ! Mais on va se venger sur l’essence “bio” et raser toutes les forêts du monde… Eh oui, nos sociétés coupeuses d’arbres sont très bien placées dans le monde pour ce remarquable tour de force !
Alléluia !
17 décembre 2007 at 19:29
Bonjour,
Je viens de lire votre édito concernant la place de la France en agriculture bio et je suis assez d’accord avec son contenu. À l’exception de ce qui concerne l’espagne, car si l’espagne est bien productrice et exportatrice, elle est très peu consommatrice. Je vis en Catalogne sur la Costa Brava depuis 7 ans et je peux vous assurer que trouver des produits bios et surtout des bons produits bios relèvent presque du miracle. Rien sur les marchés environnants en hiver, un peu plus en été (car les étrangers sont demandeurs) commercialisés par des revendeurs et non des producteurs, donc très chers. Quant à la qualité, beaucoup de légumes n’ont aucune saveur. Quant au pain, je n’en parle même pas tellement la farine est insipide. Cependant, je dois dire que depuis un an, il y a net frémissement et les choses commencent à bouger : ouverture d’un mini supermaché de produits bios à 7 km de chez nous et décision d’un agriculteur “agriculture raisonnée” de se lancer dans le bio dès l’année 2008. L’ensemble des producteurs de l’Empurdan a décidé de se regrouper mais le problème des éleveurs subsiste car tout le maïs cultivé en Espagne est transgénique, donc achat à l’extérieur et il y a un seul vétérinaire pour l’ensemble de la région… Donc, il y a encore du chemin à faire en Espagne et surtout de l’éducation.
Christine